13 décembre 2009
mélange mix shaker tambouille (ratée)
J'avais jamais vu ce film, je dis à l'ogre, ça me fait penser à kill bill, finalement c'est qu'une immense scène de ménage. On est engourdi, le feu, la neige qui commence dehors, qui tient pas, ça tombe bien, j'ai pas un pull un peu chaud, j'ai pas de chaussures pour affronter la neige, j'ai pas envie de bousiller mes kickers adorées de trois ans et j'ai pas de thune pour en acheter d'autres. Elle est belle ali mc graw. C'est un film taiseux, il ne doit pas y avoir plus de vingt lignes de dialogue. La scène dans la voiture à moitié cramée dans la décharge me touche beaucoup, me remue beaucoup aussi. Le « on n'en parlera plus jamais, quoi qu'il arrive, on n'en parlera plus jamais ». Ça me touche. Je suis contente qu'ils s'en sortent à la fin. Je reçois un message de la ville italienne, un mail sans message dessous, juste en objet « juste pour te dire que je pense à toi ». ça lui ressemble pas, ça met en branle une sorte de sornette d'alarme. Je me souviens cet appartement dans la quartier pourri bien avant que l'ogre et moi on y achète notre fameux duplex avec vue à couper le souffle une bouchée de pain. On a seize ans, elle est pieds nus sur le lino, elle a un lit deux places, sa mère travaille, son père est loin, elle ne l'a pas vu depuis qu'elle a huit ans et que sa mère s'est enfuie d'afrique avec ses deux petites sous le bras pour rentrer en france. Je ne peux pas parler de la ville italienne, c'est la plus belle femme du monde, je ne peux pas parler d'elle, pourtant c'est une héroïne, c'est une vraie héroïne, c'est une personne extraordinaire. Et je crois que c'est la première personne qui m'ait aimée presqu' amoureusement. C'est la plus belle femme du monde. La plus fière aussi. Et j'ai souvent envie du faire du bien mais à elle alors c'est... je ne peux pas parler de la ville italienne, la plus belle femme du monde. Et la plus fière aussi. J'ai répondu au message, j'ai juste dit « tout va bien ? » parce que ça m'a paru inhabituel, et puis je suis partie en après-midi de congés. J'ai pas envoyé de texto, j'aurais pu, j'aurais dû, je sais pas. Je le ferai demain. On se verra, ces déjeuners, rien qu'elle et moi, sans les hommes, sans les enfants. On se tombe dans les bras l'une de l'autre, mais juste avec nos yeux. J'en fais trop, je parle trop parce qu'à chaque fois, je suis trop émue et les silences me font peur, ou plutôt j'ai peur qu'elle soit mal à l'aise et je ne supporte pas de mettre quelqu'un mal à l'aise et de ne rien faire pour y remédier quand ça arrive. Et je vais te dire, c'est con mais une fois, juste une fois je voudrais me trouver dans une situation ou c'est de moi qu'on prend soin. C'est de moi qu'on s'inquiète, si je suis mal à l'aise. C'est quelqu'un d'autre qui fait le boulot. En attendant, c'est moi, attentive aux signes de gène des uns ou de malaise des autres qui en fait trois tonnes et qui rit à tout va et qui relance les conversations, c'est moi qui fais tout. Qui tire toujours tout vers la légèreté, surtout, surtout, surtout, ne pas s'appesantir, surtout ne jamais plonger dans la gravité parce que je pourrais m'y noyer et personne ne viendra me sauver. C'est pour ça que je suis baba devant les comédies américaines, (c'est souvent dans les comédies américaines), quand le type, (c'est souvent le personnage masculin), se démène tout ce qu'il peut pour faire rire la fille (c'est souvent une fille), pour faire de la situation un foutu moment agréable. Je rêve qu'un jour, quelqu'un fasse ça pour moi. Que je puisse me reposer cinq minutes. Mais bien entendu, ça n'arrive jamais. Les rapports humains sont des rapports de force insupportables, inintéressants, épuisants. Après on se demande pourquoi je passe ma vie à mater des films et à rester dans les bras de l'ogre sur notre canapé. Y a pas tellement de personnes qui prennent soin de vous.
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11 décembre 2009
la fête aux crustacés
Lourdes-les-yeux -bleus se fout à dos quasi immédiatement le type aux commandes. On est les trois autres qui savent à peu près se tenir sans agresser un type à peine il t'adresse la parole. Ça ira. La lumière est rouge ça tombe bien. C'est là-dedans que je suis le mieux. Lourdes-les-yeux-bleus glisse des petits papiers en douce au type avec mon nom transformé dessus. Je vois s'afficher sandra dee sur l'écran, je dois chanter summer nights de grease. Super... tell me more tell me more. Ouh la c'était chaud commente très finement le monsieur au micro quand j'ai fini d'onduler de la voix et du reste sur la chanson. Elles sont sympa, elles me rejoignent pour faire les choeurs. Lourdes-les-yeux-bleus cartonne sur careless whisper. Je cherche mustang sally dans le livret gros comme un annuaire, quand les annuaires existaient encore, je cherche cette foutue chanson toute la soirée, elle n'y est pas. 10 000 chansons, y a pas mustang sally. Je me serais bien vue, chauffée à blanc comme je suis (magie magie magie du perrier tranche) en train de rugir avec ma voix de souris «all you wanna do is ride around sally » Je chante "la madrague", gros succès, je chante "la femme chocolat", merci lourdes-aux-yeux-bleus, c'est trop toi elle dit. Super. Le monsieur du micro, (je te jure ceecee) dit très fort: très jolie cette chanson d'olivia ruiz chantée avec la voix de vanessa paradis et puis il me demande genre si mes sous vêtements sont en chocolat, celle-là, je la raconterai pas à l'ogre qui feindrait l'indifférence dans notre cuisine et qui doucement aura l'île méditerranéenne qui lui remonte par la gorge et il passera par toutes les couleurs et j'ai pas envie de voir ça. On ne peut plus voir mon visage dans la lumière rouge. Bon personne ne m'envisage sur mustang sally, je trouve ça vexant... mais c'est peut-être juste parce qu'elle est pas dans l'encyclopédie dont les pages collent aux doigts (eurk) Je bois du perrier, la petite brune et la petite blonde aussi, lourdes-les-yeux-bleus boit des mojitos. On passe toutes les quatre ensemble sur les cactus et crois-moi après s'être farci une plombe de juliezenatticélinedionélèneseguarralarafabian trémolisés par la table des dames à côté qui ont comme on dit une très belle voix mais juste insupportables de dégoulinades tremblées et des euh... drôles de goûts en matière de musique (je sais, je sais, ça se discute pas,enfin quand même, c'est chiant comme la mort), on est en furie. Je sautille dans toute la salle emberlificotée dans les câbles des micros et les aïe aïe aïe ouille qu'on hurle toutes les quatre font trembler jusqu'à Hermès, toute grosse péniche qu'elle est qui passe justement toute illuminée à cette heure-ci sur le fleuve en face. et mes cordes vocales comment à demander grâce alors je demande au serveur s'ila de la tisane et il me regarde comme si j'étais folle mais je suis si guillerette qu'il ne peut pas résister et il me dit qu'il va voir. il m'apporte de la verveine carrément délicieuse et l'ogre me manque parce que c'est tous les deux d'habitude, à cette heure-ci qu'on boit notre tisane sur notre canapé devant le feu, comme des petits vieux qu'on ne sera jamais même quand on aura plus de cheveux ni de dents (ça fait envie hein ? ben moi si bizarre non ?). ma voix va mieux, j'acclame toutes les personnes qui viennent cracher leur grippe A dans les micros. des gens me regardent un peu bizarrement, ça doit leur sembler étrange un petit mètre soixante en grosses bottes kickers qui virevolte de partout avec une petite tasse blanche de tisane en agitant ses cheveux dans tous les sens. La porte s'ouvre, entre un type tout seul qui file directement au bar derrière sans regarder personne. Et le monsieur du micro appelle Bruno qui va chanter hors saison. Et c'est pas parce que c'est pas la robe et l'échelle que ça m'empêche de penser à l'impératrice. Le monsieur de derrière le bar, va s'asseoir sur l'estrade, genre accablé putain fait chier mais en fait il chante très bien, et la chanson tient toute seule, on retourne toutes les quatre s'asseoir bien sagement, même la lourdes-aux-yeux-bleus. On applaudit très fort à la fin, je crie des wouh wouh wouuuh dans la lumière rouge, je suis déchaînée je te dis. Et puis ça m'interpelle ce type pas jeune, pas vieux tout seul au bar. Je comprends, à des trucs que dit le monsieur au micro qu'il vient genre tous les soirs. C'est quoi sa vie je me demande. Il doit être seul comme un rat. Je l'imagine bosser dans un truc sans intérêt comme moi et puis rentrer chez lui où y a rien d'allumé, pas de bruit à part celui de ses voisins. Bouffer devant la télé, le cliché quoi et il doit habiter sur les quais alors il descend ses trois étages et il vient s'éclater tout seul, les yeux qui ne quittent jamais l'écran, chanter les trucs qu'il aime bien, tout seul parmi la meute d'andouilles dans notre genre, tout seul tout le temps, si une fille était chez lui, il ne serait pas là, et il ne connaîtrait pas les 60 000 chansons par coeur ou alors c'est juste le cousin du patron du bar qui tient un autre truc à côté et qui ferme plus tôt, alors quand il a fini son service, il vient là parce qu'il aime bien chanter et sa femme qui est euh... pianiste au bec de jazz, ou serveuse ou chais pas quoi viendra le rejoindre et ils rentreront chez eux. mais enfin je crois que non parce que triste monde tragique et c'est là que je me dis que j'ai regardé trop d'épisodes de daria. À un moment sur like a virgin (et là dessus j'ai assuré ceecee), le fil de mon micro se détache, j'arrive pas à le remettre, alors le monsieur tout seul vient m'aider sans rien dire. Et sans rien dire non plus, je lui fais un gentil sourire en essayant d'être la plus jolie possible. On s'en va toutes les quatre à trois heures du mat. Y a un sacré vent glacé dehors.
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09 décembre 2009
l'avortement, c'était le titre
Arrêtée au feu rouge en face des deux tours habillées pour noël, j'ai une soudaine impulsion. Mue par une grande impulsion de mes couilles (c'est pas ça que je voulais écrire, je ne sais absolument pas ce qui me prend). Bref, tout est toujours une histoire de tournants, t'as qu'à réécouter ce magnifique album de tracy chapman et tu comprendras (t'aimes pas tracy chapman ? Sérieux ?), toujours une question de je prends à gauche, je prends à droite, on dirait une chanson de patrick bruel, que quelqu'un me dise ce qui m'arrive ! Toujours est-il que tiens je vais prendre à gauche je me dis. Je file un petit peu droit (pour changer) et puis je tourne à droite, longue route toute droite entre deux champs de chais pas quoi, je ne connais rien à la nature, je continue, le village m'arrive dessus, je compte, première petite route à droite, non, deuxième petite route à droite, non, le dentiste à droite, troisième petite route à droite, oui. Je prends, je sinue, je monte, je resinue entre les vignes, les voilà leurs vignes, je passe le portail. J'arrête la voiture, je descends, mes pieds, ça fait crssshshs crssssshssh dans les cailloux, je monte l'escalier, il y aurait de la lumière dans la cuisine, je taperais trois coups, je regarderais les bouteilles vides en haut des escaliers, bon, il y a des choses qui ne changent jamais, c'est pas rassurant et si un peu quand même. La personne ouvrirait, serait heureuse, heureuse comme elle a pu montrer qu'elle l'était parfois en me voyant. Tu n'a pas appelé, elle dirait, toi non plus je répondrais. J'avais envie de te voir, je dirais encore. Oh c'est bien, elle répondrait. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tout le monde serait heureux, quelle belle comédie à la con, les copains d'abord, the big chill, le bordel fumeux, fameux. Je t'aimerais tu m'aimerais. Saloperie. Mue par ma grande impulsion, tout ce que je fais, c'est que je tourne à droite, je continue tout droit je rentre chez moi, je fais du feu, je me réchauffe. Je n'écris pas, j'ai rien à dire ou j'ai trop à dire, mes grandes impulsions, j'ai pas envie de me les prendre en pleine gueule, il faudrait que je retrouve une humeur guillerette pour ça. Tu agis toujours avant de réfléchir me dit toujours l'ogre, tu agis toujours sur ta première impulsion. Il a l'air de penser que c'est pas bien. mais il oublie que sur ma première impulsion moi un jour je l'ai épousé, lui cet inconnu. Ou alors il a pas oublié du tout et il me le pardonne pas. Va savoir. La nuit qui suit cette fabuleuse route que je n'ai pas suivie, je me réveille en sursaut à trois heures du matin parce que l'ogre venait de me dire je vais te quitter, t'es pas intelligente, mon cerveau s'atrophie avec toi, et tu m'as fait trop de mal, je fais semblant d'aller bien, mais tu m'as fait bien trop de mal. Je pleure dans mon lit alors qu'il dort tranquillement à côté. J'entends du bruit en bas, c'est pas le chavador, il est en train de s'éclater dehors avec les souris qui sont pas encore mortes. À trois heures du matin, ma fantasmagorie fonctionne à fond. On ne ferme jamais rien dans cette maison. On ferme pas à clé, on ferme pas les volets en bas. n'importe qui peut rentrer et voler euh... des livres, nos portables . Ou nos enfants (mais non l'ordre ne veut rien dire). Je me lève (et je te bouscule, je peux pas, je peux pas m'en empêcher, j'avais qu'à pas naître dans les années maritie et gilbert carpentier), je descends ces escaliers gris je farfouille en foutant un boxon du diable dans une boîte où on range les clés, je ferme à double tour. Je regarde par la fenêtre, il y a encore des bougies allumées le long de l'herbe, là où la princesse en rentrant de son cours de théâtre les a mises. Ce soir c'est vrai dans la ville où je suis née et où j'habite et oui, c'est la fête des lumières. Je souris en pensant à la petite soeur qui sur son facebook tout à l'heure, et alors qu'elle habite à 600 kms, a mis des photos de son balcon avec des bougies aussi, en disant « le 8 décembre à X c'est possible ».et puis je pense à toi aussi, toi à qui je ne parle plus souvent, et toi non plus tu ne me parles plus souvent, je sais pas pourquoi mais par moment ça me rend un tout petit peu mélancolique, parce que j'aimais bien toi et moi, enfin bon je pense à toi qui peut-être te sens un peu seule. Qui peut-être te sens à côté. C'est peut-être le cas, ça peut être une possibilité, mais peut-être pas, on ne sait rien des gens, on ne les connaît pas, on ne peut pas savoir. Et avec mes petites bougies de rien du tout dans les mains, je pense à toi très doucement jolie fille, très tendrement, derrière la vitre juste devant la nuit autour de ma minuscule maison.
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07 décembre 2009
l'huile du moteur
On part à l'ouest me dit hyacinthe et vous oubliez un peu les euh... choses qui vous retiennent ici. Je réponds non.
On part à l'ouest, je fais sauter un peu moins de bombes, je n'essaie pas de manger vos cheveux et vous euh... vous reposez. Je réponds non.
Je vous emmène, dit hyacinthe, je vous emmène un peu sur l'eau et puis on ira dans des bars à dublin, on passera par là, vous boirez autre chose que du perrier, ça ne peut pas vous faire de mal. Je vous emmène voir la mer qui bouge aux pieds des immensités vertes. Je réponds non.
Vous vous laissez faire, juste ça, juste laissez-vous faire, pour une toute petite fois, perdez deux secondes ce contrôle qui vous euh... vous mène où en fin de compte ? Nulle part. Vous perdez le contrôle, promis je n'essaierai pas de vous scalper avec les dents. Je vous tiens par la main, et je vous emmène.
Je réponds non.
J'ai vu des trucs bien, je retourne vous les montrer là où les gens vous ressemblent un peu avec leurs yeux bridés, vous essaierez de courir dans les rues qui grouillent et ça fait pas cling cling, ça fait dring dring. Hein ? Qu'est ce que vous en dites ? Je réponds non.
On est dans le bar, je bois du perrier, banquette maronnasse à moitié défoncée, la mousse se tire par le trou béant du cuir, sur le côté, elle est jaune moche cette mousse. Je bois mon verre, j'écoute l'autre qui travaille sur un rêve. Le petit magicien dort la tête dans ses bras à une table plus loin. Sans doute pour ça que hyacinthe ne désarme pas aussi facilement. Il insiste.
On pourrait même pousser jusqu'aux plaines regagnées, il dit. et là aussi vous ressemblez un peu aux gens. Il n'y a plus personne maintenant dans les plaines regagnées, même un fantôme cheyenne comme moi le sait, je réponds.
Vous venez demain soir à bord. A bord de quoi ? Je dis. De mon bateau, il répond. De votre bateau ? Je répète. Oui et vous savez maintenant j'ai un avion aussi. Un hydravion et j'essaie de vous repérer parfois de là-haut. Vous me voyez de là-haut, je demande. Oui, je vous vois qui tournez autour des lumières du bateau, vous êtes si facile à trouver. Si facile à trouver il répète et il a l'air triste. Je vous aime beaucoup, je lui dis, vous savez, je vous aime beaucoup. Je n'en suis pas sûr, il répond. Ou plutôt je n'arrive pas à y croire. Le petit magicien ne se réveille pas, il dort toujours la tête posée sur ses bras. Regardez comme il est mignon, je dis à hyacinthe. C'est vrai, dit hyacinthe, il a l'air marrant même quand il dort. Oh oui je dis, il est si drôle. Bon, vous l'aimez beaucoup aussi quoi ? Mais oui bien sûr je dis. Alors vous venez demain, d'accord, rendez-vous sur le port, vous aurez un sac, des lunettes de soleil parce qu'on va naviguer de jour aussi et vous verrez bien que le jour vous va mieux que la nuit, vous verrez. Je vous emmène. Rendez-vous demain sur le port, je vais préparer tout ça.
Et je réponds non.
Te fatigue pas, dit le petit magicien sans lever la tête de ses bras, sans ouvrir les yeux non plus. Te fatigue pas, elle bougera pas de là. Plaît-il ? dit hyacinthe. Mais plus personne ne lui répond.
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05 décembre 2009
droits comme des i sur les rails en fer
Ah tiens vous revenez vous !
j'étais pas partie hein
ah bon ?
Non
je croyais
ah oui ?
Oui
Vraiment ?
Je sais pas, je veux dire, c'était pas franchement une préoccupation
Ah oui ?
D'accord, vous savez dire autre chose que « ah oui ? »
Je vous emmerde
Tiens c'est nouveau ça
voilà, ouais, c'est nouveau
vous êtes en colère c'est ça ?
Voilà ouais, je suis en colère
c'est nouveau ça aussi
Tu crois ça toi ?
Je crois rien, je m'en branle, vous avez pas idée
vous êtes dégueulasse
Ben tiens
Parfaitement, vous êtes dégueulasse
Et vous, vous êtes complètement tarée
Vous êtes juste un connard de trouillard
vous m'expliquerez à l'occasion hein, parce que là j'ai pas trop le temps
Ah bon ? Vous avez pas trop le temps ?
Non, d'ailleurs, ça fait déjà un moment qu'on parle et je m'ennuie là
Vous êtes dégueulasse
Vous l'avez déjà dit
Ouais ben je m'en lasse pas, vous êtes dégueulasse
Bien sûr que non
Non quoi ?
Non vous ne pensez pas que je suis dégueulasse
Ah non ?
Non, bien sûr que non
...
Et vous avez tort, comme d'habitude, vous êtes toujours à côté de la plaque
Pourquoi ?
Mais parce que je suis dégueulasse effectivement. Je ne fais pas semblant de me foutre de vous pour éviter chais pas quoi.J'aurais peur de me coller de l'émotion de partout, un truc bien poisseux, c'est ça l'idée ? C'est ça que vous pensez dans votre tête sans cervelle mais vous êtes à l'ouest pauvre idiote.
Vous ne faites pas semblant de vous foutre de moi ?
Mais non. C'est très sincèrement que je me fous totalement de vous et de vos petits schémas pathétiques sur la conduite à tenir en cas de tremblements excessifs et involontaires.
Bon. Super.
Ça va mieux ?
Oui. merci capitaine.
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04 décembre 2009
by this river
Je suis déchaînée dans la voiture. Il fait 4°. je mange une margarita, la seule pizza que je peux commander partout. Elle mange un pain gourmand. Je laisse toutes les olives sur le côté. Mon assiette est un carnage. Il lève les sourcils quand il vient débarrasser les assiettes. On dit non pour les desserts, il tente le gâteau au chocolat, je n'ai plus de sous alors je dis non. Je regrette de dire non au déca. Avec mon très léger problème cardiaque, je ne peux pas boire de café mais le déca, j'aurais bien aimé. Il fait 4° dehors, on est à une petite table du fond, j'ai pas si chaud. J'aime pas ne pas avoir chaud. Je voudrais me sentir douillettement installée, et boire mon déca brûlant, comme le goût parfait de l'après-midi off qui s'annonce. Mais je n'ai plus de sous alors je dis non. L'amoureuse en déroute tourne la tête vers moi dans la voiture, je me prends en pleine gueule ses yeux bleus plein de paillettes. Nom de dieu je dis, ils sont magnifiques tes yeux, je crois que je pourrais tomber amoureuse de toi rien qu'en regardant tes yeux. On ricane. Je suis déchaînée dans la voiture, je lui invente une version d'elle-même en plein pétage de plombs, dans son bureau, en train d'insulter ces connards qui lui passent sur le corps et qui s'imaginent que les êtres humains sont des jouets. Je hurle avec une voix sortie de l'exorciste, elle a le plus beau fou-rire que j'ai jamais entendu, c'est communicatif, je pleure de rire en la déposant avant de me sauver à travers les rues des municipalités cossues qui n'ont pas l'air d'avoir senti le vent de la crise vu le nombre de loupiotes et autres guirlandes accrochées en l'air qui attendent la tombée de la nuit pour faire les malignes.
La journée commence mal pourtant. Je me dispute avec la princesse. Je fais mon autoritaire, elle fait sa tête de petite fille outragée. J'ai le coeur lourd en ouvrant notre portail bleu tout déglingué. Je laisse tourner le moteur. On ne s'est pas embrassé, ça va pas du tout. Je fais semblant d'avoir oublié quelque chose, elle est en haut dans la salle de bain, je l'ai laissée en plan avec la brosse et ses merveilleux cheveux emmêlés, t'as qu'à te débrouiller j'ai dit. Quand on est méchant avec les gens il faut apprendre à se débrouiller toute seule. Je fais du bruit en ouvrant le tiroir de la cuisine, je farfouille dedans, je fais du bruit. Elle ne vient pas. J'en crève mais je ressors. Je guette dans le rétroviseur, je n'ai toujours pas démarré, je voudrais qu'elle sorte se jeter dans mes bras, je voudrais la serrer contre moi, lui dire que je l'aime, lui dire qu'il ne faut jamais laisser une journée commencer par une engueulade, qu'il faut toujours se réconcilier aussi avant de s'endormir, que la vie est trop courte, que jamais il ne faut se laisser voler les moments. Je sais qu'elle pleure. J'ai envie de pleurer aussi, je ne pleure pas. C'est débile. Ça suffit je me dis et je démarre. Et puis françois morel se met à parler et je me sens un peu mieux. J'ai plus qu'à attendre ce soir, quatre heures et demies, la foutue sortie d'école. L'ogre au téléphone tout à l'heure me dit elle pleurait au petit-déjeuner mais je n'ai rien dit. J'attends quatre heures et demies.
Je paie cher ma courte nuit de trois heures de l'autre jour. On tombe sur ce film avec l'ogre « hunger ». c'est insoutenable, je sens précisément le sang se figer dans mes jambes et mes bras, il se retire de mes joues. Quand le ciseau attaque le cuir chevelu, je ne peux plus regarder. Petite nature. Le très beau plan séquence du dialogue entre le prêtre et boby sands me tue sur place. On monte se coucher à une heure du matin. À quatre, on dort toujours pas. Je me lève à six heures. Ma tête fait peur.
Je gis sur le canapé, j'ai froid. J'ai envie de fermer les yeux parce que le sommeil m'appelle très intensément, mais je dois être à la sortie de l'école à quatre heures et demies. Ils sont déjà dehors, elle éclate en sanglots en montant dans la voiture à cause d'une petite conne qui lui a fait de la peine en la « désinscrivant » de sa fête d'anniversaire parce qu'elle a pris la défense de sa copine clarisse dont l'autre se fout parce qu'elle fait déjà 1m60 en CM2 (très exactement ma taille donc). C'est une école de connards, je pense, de connards mal élevés et méchants. Elle pleure à cause de ce matin aussi. J'ai pas envie d'aller à la danse elle dit, je suis fatiguée. Laisse-tomber la danse je réponds, on va goûter et on reste à la maison. Le chef de la guerre se colle contre elle, je fais du feu, ça y est, il fait nuit. J'irais bien dormir.
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03 décembre 2009
ya rayah
L'année dernière, les escaliers de notre minuscule maison sont encore jaunes. Je les descends avant sept heures du matin, mon livre à la main. J'essaie de faire craquer le moins possible le parquet en sortant de notre chambre. Tout le monde dort sauf le chat qui attend que je lui ouvre la porte d'entrée pour se remettre de sa nuit de chasse. C'est un moment paradisiaque. Je réactive le feu, le jour se lève doucement, je m'enfouis sous les plaids et je pars au phare avec virginia qui attend quelques pages avant de me terrasser pour longtemps. Quelques fois je me demande, est ce que j'aurais mieux fait de ne pas lire ce foutu livre ? Je sais pas. Ce projecteur braqué en plein sur mon inconsistance dont j'avais pourtant parfaitement conscience, je le jure, m'a fait un mal de chien. Avant le phare, j'avançais droit devant dans l'espoir illusoire que tout ça rime quand même à quelque chose. Ces phrases jetées, comme ça, rapidement, à coup de respiration saccadée, sans vraiment réfléchir, n'étaient pas qu'une infâme tambouille de plus d'une idiote en mal de création quelconque. Quelque chose en moi me le laissait espérer. Mais le phare est venu foutre par terre cette belle illusion qui m'a portée longtemps. Qui m'a fait un bien fou, qui m'a poussée à vivre tous les jours dans une sorte de ravissement. Ces phrases jetées dans la mêlée de toutes les tambouilles écrites virtuellement me comblaient. Le phare m'a rendu muette de longs jours. Comme si on m'avait coupé le souffle qui était censé inonder mes mots. Petits mots, petites phrases, zéro idée et un nombre incalculable de fautes de style qu'une littéraire comme moi ne pouvait absolument pas ignorer. De création littéraire, je vais te dire, il n'en était vraiment plus question. C'était comme si on m'avait obligée à regarder en face une évidence que je refusais jusque là, que je connaissais mais que je refusais d'envisager en la sentant pourtant sourdement, de façon lancinante, comme une douleur annonciatrice d'une saloperie mortelle et qui avance à bas bruit. Les menaces et la violence, le chaos ne m'avaient pas coupé le souffle, juste j'écrivais terrorisée, en sachant que c'était dangereux pour moi, que je prenais des vrais risques, tu peux ricaner et pourtant c 'est vrai, je prenais de vrais risques, mais j'écrivais. La culpabilité ne m'a jamais coupé le souffle, au contraire, je crois même que ça a été une sacrée chance pour que le moteur du marteau piqueur ne s'enraie pas. L'admiration a fait de même, l'admiration ne m'a jamais coupé le souffle, oh la la non. Elle m'en a insufflé très souvent. Et plus d'une fois le capitaine est venu me sauver. Mes pauvres phrases, ma pauvre bouillie de mots qui me rendait si heureuse et qui me comblait simplement, ça faisait bien ricaner des gens intelligents qui avaient une autre idée de la littérature, et qui, jamais de la vie, n'auraient confondu la tambouille sur le net avec l'idée même de la littérature. J'ai toujours pensé qu'ils avaient sacrément tort. Qu'il ne suffisait pas d'avoir vu des mots sanctifiés par la grâce d'un objet rectangulaire et cartonné pour faire de vous un écrivain, et qu'il y avait bel et bien des écrivains, des vrais, sur le net. De ça, personne n'aurait pu me convaincre du contraire. Mais ce qui s'applique aux autres ne s 'applique pas à moi. En ce qui concerne ma petite personne, je suis au regret de croire qu'elles avaient raison. Ce que j'écris est de la tambouille parfois indigeste et toujours sans intérêt. Si j'avais été un écrivain, j'aurais fait quelque chose d'autre du port et du capitaine. Quelque chose avec un début, un milieu et une fin. Un truc qui aurait tenu même quelques pages mais qui se serait tenu. J'aurais pu. je le croyais. j'y ai pensé souvent et jusqu'à il y a peu, c'était une réalité. Je ne savais pas quand vraiment, mais j'allais m'y mettre. mais bien sûr que j'allais m'y mettre. Mais le sentimental pour mes phrases aura fait office de dague mortelle, de serpent vengeur. Le sentimental, tu penses, s'est infiltré. Je me suis souvent invectivée, à coups de phrases acérées contre moi justement, pour me faire rentrer dans le crâne que ce que j'écrivais comptait plus, pour moi, que les possibles modèles, les possibles inspirations. Je me suis rappelée à l'ordre un paquet de fois. Mais je ne sais ce qui s'est passé, ni quand vraiment tout s'est cassé la gueule mais j'ai bien été obligée de constater que je n'avançais plus, que j'avais perdu mon petit pouvoir sur mes personnages et que c'est eux qui avaient pris le pouvoir sur moi. Qu'ils m'avaient dépassée, envoûtée et séduite. De tête froide, point. Une fois séduite, plus possible d'écrire le mot fin, et si ce n'est plus possible d'écrire le mot fin, ce n'est plus la peine d'écrire. À part éventuellement de la tambouille virtuelle dans les souterrains d'où le port, le bar et le bateau du capitaine m'avaient pourtant sortie pour me montrer avec l'air de pas y toucher les étoiles au-dessus des mâts.
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22 novembre 2009
unfinished sympathy
J'essaie de sortir de cette addiction. J'essaie de trouver tous les signes qui me diraient barre toi mais même quand j'en vois, j'attends juste que les signes passent et je reste là, les bras ballants, toute contente de mon sort. Par moment ça me fait mal vous savez, enfin non, vous n'avez pas à savoir, mais par moment ça me fait mal. Quand vous partez, quand vous lâchez la rambarde, quand je perds, moi, tous mes moyens. Je ne guette pas forcément les signes qui disent barre-toi, c'est juste qu'ils m'arrivent dessus en escadron de temps en temps. Je vois bien qu'il y a un moment où il faut dégager, même pour les fantômes. Et je dégage pas. Je reste là, les bras ballants. Je n'ose plus faire un mouvement, je n'ose simplement plus bouger parce que j'ai peur que vous disparaissiez, pffft, comme une comète enfin je sais pas à quoi ressemble une comète mais c'est le mot qui me vient. Les mots qui me viennent pour vous ne sont jamais tranchants. Jamais. C'est une première chez moi, c'est comme s'il y avait un endroit que je ne connaissais pas chez moi où il n'y a que des vagues, un bateau allumé la nuit, des nuits tendres et tranquilles, une sorte de chez-moi inconnu, qui n'est là que pour que je vienne vous y retrouver. J'essaie de sortir de cette addiction mais c'est mollasson comme tentative, on voit bien que je n'y crois pas, que je ne veux surtout pas en sortir. J'essaie de me faire toute petite, j'y arrive pas toujours. Je suis une ancienne tornade du sud. Ça laisse des traces même quand on est un ectoplasme flottant. Je suis une ancienne sorcière entière et vive, fondue de mouvements impulsifs et de coups d'accélérateur insensés. Ça me fait plus mal d'essayer d'en sortir que d'encaisser le froid de l'océan des nuits entières. Et il faut bien le dire, vous me rendez tellement heureuse, sans rien faire, sans le savoir, je serais folle d'aller voir ailleurs si vous y êtes.
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21 novembre 2009
un sens à la question
Rien n'est jamais acquis, personne ne le sait mieux que moi, même si je ne l'ai, pour le moment, pas expérimenté, ce truc de tout perdre sur un coup de dé. Sur un coup de dés, moi, un jour j'ai tout gagné. Je sais cette chance est scandaleuse, je sais qu'on a souvent envie de me dire, comme me l'a dit un jour la morte-de-mon-boulot « mais merde, pourquoi toi ? » quand elle a appris que le pseudo beau gosse du coin des moquettes bleues, garçon vacher de son état, se mourait d'amour pour moi. Et encore, je les ménage les miss monde, elles ne savent pas tout, elles ne voient pas tout. Je ne dis rien des messages par dizaines tous les jours. Je ne dis rien des fleurs posées lematin sur mon bureau, je ne dis rien du carnet de bal que je n'ouvre pas (si tu crois fillette, justement je crois rien du tout, je suis ébahie mais je ne crois rien, je prends ça comme il se doit : cadeau). Je ne dis rien de ceux qui attendent dans l'ombre. En vain, ils le savent bien mais ils attendent quand même pourquoi toi ? Elle disait. Oui tiens pourquoi moi ? Je vais te dire pauvre conne pourquoi moi : je suis tellement belle, je suis belle à damner euh... tous les saints (au moins), je suis tellement intelligente , tu peux parler avec moi des heures, tout ce que je dis est intéressant, je suis sexy comme pas possible, t'as la langue qui traîne par terre rien qu'à me regarder passer et quand je marche, tu t'imagines faire tout un tas de trucs avec moi où on transpirerait beaucoup et nos coeurs se mettraient à battre fort dangereusement, je suis drôle, j'ai un sens de la répartie faramineux, je suis gentille aussi, très, et je sais toujours me comporter dans n'importe quelle circonstance, avec classe et naturelle. Je suis très élégante, toujours tirée à quatre épingles, je sens toujours bon, trop bon, ça les rend fous. Je connais tout sur tout mais je la ramène pas toutes les cinq minutes pour montrer mon petit savoir de passionnée culturelle. Je sais être mystérieuse. Je danse comme la reine de saba. Voilà pourquoi sans déconner. t'en veux encore ? Mais non pauvre nouille, c'est juste parce que j'ai deux oreilles qui écoutent et des yeux qui montrent que c'est pas du cinéma. La morte-de-mon-boulot, j'ai pas pu mal le prendre quand elle a dit ça « mais pourquoi toi ? », elle était tellement sincère, tellement candide, c'était désarmant, la pauvre elle se posait vraiment la question, ça l'a turlupinée (ouais bon) longtemps. Très longtemps. Quand j'ai perdu presque dix kilos en quinze jours, elle a un peu repris du poil de la bête. Elle commençait à rayonner un peu. Pour elle, y avait enfin une justice dans ce foutu monde tout bancal. Alors comme ça, t'en baves hein ? Elle me disait avec de tels éclairs de joie dans les yeux que là non plus je ne pouvais pas mal le prendre. J'étais au fond du gouffre de toute façon, elle pouvait bien continuer à se sentir heureuse de mon désespoir de petite imbécile bien trop aimée. Je crois qu'elle a espéré le divorce, qu'elle ne se l'est pas formulé comme ça mais je crois que c'était un vrai espoir au fond d'elle, quelque chose qui lui donnait envie de se lever le matin, voir ma tête de revenante et la sale histoire en train de se faire. Y avait enfin une justice. Et puis non. Elle aura pas eu cette chance, le petit répit que je lui avais offert bien malgré moi, il n'a pas duré assez longtemps pour l'empêcher de finir à l'hôpital psychiatrique, en dépression grave, très grave. Peut-être que mon malheur c'était le dernier rempart contre sa folie. Si moi qui n'avais rien mais alors rien pour faire tourner la tête aux hommes, si moi qui étais déjà aimée à la folie par un mari hors du commun, j'avais en plus des prétendants sérieux et un garçon vacher, objet de désir de toutes les filles du coin, qui pleurait mon absence quand elle, qui avait tout pour provoquer tout ça, en était privée, y avait de quoi se foutre par la fenêtre mais au moins j'étais en train de payer très cher cette incongruité, ce scandale, attends faut pas déconner. Mais tu savais pas à qui t'avais affaire ma vieille, tu pouvais pas le savoir et surtout tu vois pas plus loin que le bout de ton nez. Tu es grande, belle, sapée comme il faut, le bon truc pile au bon moment, ça brille de partout. Mais t'as rien compris. Je suis une lionne. Ça se voit pas, je suis petite. Mais je suis une lionne taureau à plumes, drôle de mélange. J'ai arraché le malheur qui prenait possession de tout (c'est ma faute c'est ma faute c'est ma très grande faute, on sait on sait) avec mes dents, mes ongles tout cassés, j'ai perdu un tas de plumes. J'ai perdu beaucoup d'illusions, et une infinité de certitudes mais je n'ai pas tout perdu sur un coup de dés. Pas cette fois, non. Ma détermination à nous sortir de ce carnage a été à la hauteur de mon instinct de survie. Immense.
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quinze minutes chrono
À toute allure, on a dit old boy pawn cho tuk je sais pas son nom, je ne retiens jamais son nom, est ce que c'est du racisme au fond de ma petite personne de ne pas pouvoir retenir un foutu nom coréen ? On a dit laurent capelluto, moi je l'ai dit, moi j'ai dit laurent capelluto, j'ai dit cette scène dans la cuisine avec chiara mastroiani, et ce laurent capelutto, moi j'ai dit laurent capelluto, j'ai dit joe mantegna, connais pas, c'est pas moi qui l'ai dit. je le connais moi joe mantegna oh la la oui. On a dit un prophète, on a dit la moustache. J'ai dit emmanuel carrère. J'ai dit je vais essayer de tout lire. J'ai redit laurent capelluto. J'ai dit tu vois, j'ai qu'une envie c'est de rentrer chez moi et me remettre le film et je l'ai vu pourtant au moins trois fois déjà, et il est long ce film mais nom de dieu. On a dit va pas voir mic mac à tire larigot, à mon avis c'est vraiment nul. J'ai dit rapt, il a dit, oh non pas lucas belvaux. J'ai dit christophe honoré. Il a dit, c'est bon, ils ont vu tout truffaut, tout le reste de la clique à truffaut et ils le recrachent. J'ai dit non, non, non mais peut-être un peu oui je sais pas. On a dit daniel day lewis. On a dit il est fou, il est fou furieux mais c'est le plus grand acteur du monde. On a dit romain duris. Je suis restée bloquée à tomasi j'ai pas dit. Mais c'est pas vrai, je suis pas vraiment restée bloquée à tomasi, enfin si un peu quand même, j'ai pensé à simon-laurent-capelluto et à la scène dans la cuisine. On a dit memory of murder. J'ai dit oh la la oui . Il a dit et ces flics sont nuls du début jusqu'à la fin, y a pas tout à coup oh je deviens malin et sensible avec la pellicule qui avance. C'est vrai j'ai dit. T'as vu memento, il a dit, ouais j'ai dit, j'avais bien aimé. J'ai dit tu peux essayer le jeunet mais franchement j'ai peur que tu perdes ton temps et ton argent. On a dit y a quoi en VO cette semaine, et y avait pas grand chose. Je peux pas les films doublés j'ai dit, même les dessins animés, je crois que je peux plus. Moi pareil, il a dit. On a reparlé de desplechin. J'ai dit c'est un connard, je le sais, j'ai pu le constater par moi-même, j'avais écrit un truc sur desplechin que j'aimais vachement bien, un tout petit truc, je sais plus où il est. Avec les cendres de ce que l'ogre m'avait fait détruire. Ça je l'ai pas dit. On a dit truffaut, le contraire du connard alors que le gars de l'institut lumière m'avait affirmé le contraire il y a vingt ans. Il y a vingt ans, je mangeais une brioche trempée dans du thé et j'apprenais à attendre que la vie commence dans le château lumière, le vieux type qui ne jurait que par positif alors qu'en hommage à truffaut, je ne lisais que les cahiers du cinéma (et je comprenais rien la plupart du temps, mais faut pas le dire, dis le pas, je t'en supplie, je veux pas qu'on se moque de moi, ça me fait de la peine, je veux pas avoir de la peine,dis-le pas.), le vieux type disait que truffaut était un salaud. Truffaut avait dû s'engueuler avec michel ciment, et l'autre était genre son meilleur pote. Je ne l'ai jamais cru. Jamais. On a dit un long dimanche de fiançailles. Il a dit viens on va voir 2012 et on jette du pop corn sur les gens en répondant très fort au téléphone. On a rigolé. On a dit robert de niro, al pacino. J'ai dit jean-hugues anglade. J'ai dit braquo, j'ai dit oh la la anglade dans braquo. Il a dit il fait plus que des trucs pour la télé, ça m'a énervée, je l'ai pas montré, il est gentil. on a dit requiem for a dream. J'ai oublié de dire two lovers. On a dit michael lonsdale, j'ai placé louis de funès. On a dit crépusculaire pour parler de memory of murder et des films coréens et pendant que j'ai dit crépusculaire, j'ai pensé à impitoyable. J'ai pensé au visage massacré de la prostituée dans impitoyable et du regard de la femme indienne de morgan freeman. J'ai pensé à impitoyable mais j'ai rien dit. On a dit les herbes folles, on a dit munich quand on a dit michael lonsdale. J'ai dit depardieu. J'ai dit que j'adorais le film quand j'étais chanteur, il a dit j'ai même pas regardé une heure. J'ai dit que tom cruise est un grand acteur, que je suis désolée mais c'est un immense acteur. Tu dis ça sans rire ? Il a dit. J'ai pensé à laurent capelluto. Comme par hasard, je retiens les noms italiens et pas coréens. Est ce que c'est du racisme, ça me perturbe. J'ai dit que yvan attal était le pire acteur de sa génération, il a dit c'est pas parce qu'il est mort mais quivrin dans 99 francs était, excellent je l'ai coupé. J'ai pas dit james stewart, j'ai pas dit cary grant. J'ai pas dit grace kelly. J'ai pas dit audrey hepburn. J'y ai même pas pensé, comment ça se fait, j'adore audrey hepburn, comme par hasard, surtout depuis qu'un des tontons de l'ogre a dit que je lui ressemblais, tu parles charles. J'ai pensé à la scène dans la cuisine. C'est vachement écrit, trop écrit, il a dit. t'as un bon mot à toutes les phrases. Ça me gène pas, j'ai dit. Mouais il a dit. J'ai dit un prophète c'est un grand film. J'ai dit de battre mon coeur s'est arrêté aussi. Sur mes lèvres. J'ai dit oh la la il est intelligent jacques audiard. On a redit desplechin. J'ai redit que c'était un connard mais que ces films oh la la (je dis beaucoup ohlala, c'est comme ça quand on a une petite tendance à l'exaltation et peu de vocabulaire). J'ai dit rois et reines, c'est beau. Il a dit the box, j'ai dit bof. Et puis il était deux heures, tout le monde est gentiment allé travailler.
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